Pourquoi y a-t-il autant de versions d’onde biphasique que de constructeurs ?

Pourquoi autant de versions d'onde biphasique ?



La thérapie de forme d’onde de défibrillation biphasique offre des avantages uniques par rapport à la thérapie monophasique utilisée au cours des 35 premières années. Le biphasique est devenu la norme de soins, mais sous ce nom générique on retrouve autant de versions différentes proposées par chaque fabricant de défibrillateurs sous une dénomination et paramétrage qui lui est propre. Cet article propose un petit retour en arrière sur la genèse de cette technologie de défibrillation qui a révolutionné les années 2000.



Une grande partie des premières recherches sur les formes d’onde biphasiques à basse énergie est basée sur l’expérience en défibrillation implantables (DI). Ces derniers étaient à l’origine basés sur la thérapeutique monophasique, mais en 1988, pratiquement tous les fabricants de DI étaient passés à la thérapie biphasique.

Cette transition s’est produite environ 8 ans avant l’utilisation d’une forme d’onde biphasique en défibrillation externe. Des corpus de recherche et d’expérience ont alors été menés pour développer l’utilisation d’onde biphasique dans les applications transthoraciques.

Comme pour les DI, l’utilisation de la technologie biphasique a permis aux défibrillateurs externes d’être plus petits, d’une technologie plus fiable et offrant des performances supérieures avec des énergies sensiblement inférieures.


L’onde biphasique, conçue pour être efficace à basse énergie



Développée en 1995 par Heartstream à Seattle, l’onde « Smart biphasic » est conçue pour être efficace à basse énergie, en mesurant l’impédance, puis ajustant la forme d’onde pour chaque patient à chaque choc dans une variété de paramètres de patients et ainsi optimiser la délivrance du courant plutôt que de considérer la consommation énergétique du défibrillateur. Cette optimisation visait à traiter l’arrêt cardiaque soudain de longue durée et fibrillation ventriculaire (FV) de faible amplitude, mais aussi à préserver un meilleur pronostic neurologique.

On notera que 15 ans plus tard, en 2010 puis 2015 L’ERC (European Rescucitation council) rappellera : « les fabricants sont encouragés à explorer davantage ce passage de la défibrillation basée sur l’énergie à la défibrillation basée sur le courant».

La mise au point de « Smart Biphasic » a permis l’introduction en 1996 du premier DSA à faible consommation d’énergie (150 Joules [J]), non progressif, l’Heartstart ForeRunner (1ère génération) , à compensation d’impédance. Elle a fait l’objet d’au moins 12 articles évalués et publiés chez l’homme, montrant son efficacité par rapport aux formes d’onde monophasiques. Cette multitude de publications en fait l’onde biphasique la plus étudiée au début des années 2000.

S’il faut retenir une seule étude multicentrique et en aveugle, on peut citer celle qui a été publiée dans (Circulation. 2000;102:1780-1787.) :Multicenter, Randomized, Controlled Trial of 150-J Biphasic Shocks Compared With 200- to 360-J Monophasic Shocks in the Resuscitation of Out-of-Hospital Cardiac Arrest Victims.

Pour en arriver à la conclusion suivante :

« Bien que les taux de survie à l’admission et à la sortie de l’hôpital ne soient pas différents, les patients qui avaient été réanimés avec des chocs biphasiques étaient plus susceptibles d’avoir de bonnes performances cérébrales.»




Onde biphasique



Le biphasique dans les recommandations officielles depuis 2005



Après le rachat de Heartstream par Hewlett-Packard à la fin des années 1990, le biphasique a été adopté par tous les constructeurs au début de ce millénaire et est rentré dans les recommandations officielles en 2005 avec un choc le plus précoce possible avec une explosion de marché des DSA.

À ce stade, il est important de noter que la mise au point d’une onde biphasique implique l’ajustement d’un certain nombre de variables de l’onde avec études de validation clinique bien souvent brevetées.

C’est la raison pour laquelle il existe autant de technologies d’ondes biphasiques (dénomination générique) que de constructeurs portant chacune sa dénomination commerciale et notamment sa propre combinaison de niveau d’énergie, forme d’onde et durée de délivrance.

Le clinicien pourrait donc se reporter aux recommandations du constructeur pour chaque forme d’onde avec son réglage d’énergie associé basé sur sa conception unique et sur les résultats de recherches disponibles publiées pour démontrer ses performances. À défaut, le constructeur peut proposer de se reporter aux recommandations officielles de l’ERC avec un protocole énergétique de 150 à 200 joules. Cependant, en raison des différences entre les formes d’onde des fabricants, un protocole énergétique général est-il approprié, car les courants délivrés selon l’énergie et l’impédance restent variables.

L’onde « SMART Biphasic » propriété de Philips Medical Systems , équipe toute sa ligne de défibrillation depuis 2002, offrant jusqu’à 200 Joules dans ses modèles à énergie réglable pour les cardioversions HS1, FRX, Efficia DFM100, Intrepid et plus récemment Tempus ALS.

Si vous avez en parc un ForeRunner de première génération estampillé Hewlett-Packard ou Nellcor (premier distributeur), conservez-le, il a une valeur historique.


Article rédigé par Alain BODIVIT